vendredi 20 juin 2014

Rétrospective 70mm, La Mélodie du Bonheur : reportage



La rétrospective 70mm qui a lieu en ce moment à la Cinémathèque Française à Paris se poursuit. Hier soir (19 juin) c'est LA MÉLODIE DU BONHEUR (THE SOUND OF MUSIC) de Robert Wise qui était projeté dans la salle Henri Langlois. Une projection exceptionnelle dans une salle comblée d'amateurs de 70mm et de fans du film. Pour ma part, appartenant aux deux catégories, le plaisir de redécouvrir ce film en salle dans son format originel était total. Les sous-titres étaient présentés en vert sur un afficheur LED positionné sous la toile de projection.


Malgré une courte coupure d'image en fin de première partie (les aléas de la projection argentique 70mm) la qualité d'image de ce film tourné en Todd-AO était exceptionnelle et encore meilleure que la projection du film PATTON qui était pourtant déjà excellente. Théoriquement, PATTON offre une supériorité technique de part son tournage plus récent (1970 contre 1965). Son format de captation (Dimension 150) utilise des optiques plus précises mais il nécessite l'utilisation d'un écran courbe pour une projection optimale. Or, la salle Henri Langlois n'est pourvu que d'un écran plat aujourd'hui (en raison des projection numériques plus nombreuses).


La restauration du film a joué aussi certainement son rôle. Contrairement à Patton, l'image était nette dès l'ouverture du film et s'est maintenue à son top niveau pratiquement jusqu'au bout. Les plans extérieurs (Salzbourg, le jardin, la montagne avec les enfants) et les gros plans (Maria en mariée) étaient d'une précision à couper le souffle! Le piqué était tellement précis sur certains plans que l'on pouvait compter chaque fil du tissus des vêtements! Incroyable! Les plans plus compliqués comme le premier baiser de nuit dans le jardin de la maison, malgré des noirs assez clairs, ne présentaient pratiquement aucun grain pellicule apparent et offraient en revanche une merveilleuse douceur diffuse et une large palette de nuances subtiles. Sublime!


Et que dire de la musique, qui tient le rôle principal dans le film? Là aussi, tout était parfait! On était à des années lumières de la bande son de 2001, L'ODYSSEE DE L'ESPACE, présenté quelques jours plus tôt qui écorchait nos oreilles! Et que dire des acteurs tous aussi parfaits les uns que les autres et en particulier la fabuleuse Julie Andrews dans le rôle de Maria. Avec une telle projection, il était bien difficile de ne pas tomber sous le charme de cette comédie musicale d'anthologie lauréate de 5 Oscars, tirée de la comédie musicale de Broadway (jouée depuis 1959), elle-même basée sur l'histoire vraie de Maria Augusta Trapp et de sa famille de chanteurs.

En résumé, ce fût un pur moment de bonheur qui restera certainement gravé dans la mémoire des spectateurs! Vivement l'édition Blu-ray 4K!
  

La Cinémathèque
Cette salle où sont projetés les films 70mm porte le nom du créateur de la Cinémathèque, Henri Langlois, qui fût le tout premier à offrir au 7ème art un écrin pour son trésor, et préserver les oeuvres cinématographiques (en particulier celles des années 20). A l'époque de son ouverture en 1936, la Cinémathèque nous était vivement enviée par les américains qui vinrent par milliers visiter le musée perpétuel et approcher les stars du grand écran venus défiler à la cinémathèque en un flux continu. Mais ce succès dérange le gouvernement qui voit sous un mauvais oeil son patrimoine culturel sous la houlette d'un seul homme. Il faut dire qu'à l'époque, la censure exercée par l'état sur la culture (sous De Gaulle) était une réalité pesante pour toute l'industrie du cinéma (américain et français). Mais elle était surtout incomprise par les véritables amateurs du 7ème art. Ainsi, lorsque l'état décida de prendre la main sur l'oeuvre d'Henri Langlois, Paris s'est confronté à une véritable levée de boucliers de la part du public, et notamment des personnalités de la nouvelle vague, ainsi que d'un grand nombre de stars hollywoodiennes. Parmi les personnalités célèbres, Henri Langlois pouvait alors compter sur le soutien entre autres de Fritz Lang, Jean Renoir, Eisenstein, Charlie Chaplin, Hitchcock (à qui il remettra plus tard la Légion d'Honneur), Godard ainsi que les artistes Henri Matisse, Max Ernst, Miró, Picabia, Léger, Magritte, Beuys et Andy Warhol qui participeront activement à faire vivre son musée imaginaire que l'on peut redécouvrir aujourd'hui. Henri Langlois a reçu un oscar pour son œuvre.

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